SALON DE JEUX à RIMOUSKI : LA VILLE PERSISTE ET SIGNE

Sans surprise, la Ville de Rimouski a adopté lundi soir le second projet de règlement qui autorisera l'aménagement d'un petit casino dans l'Hôtel Rimouski - Centre de congrès. L'administration municipale n'aura ainsi pas attendu une analyse plus poussée de la part de la Direction de la santé publique avant d'autoriser Loto-Québec à implanter son troisième salon de jeux de hasard de la province.

La Ville a donné son feu vert au projet même s'il a été qualifié de pas l'idée du siècle par le directeur régional de la santé publique, Dr Sylvain Leduc.

À moins que des citoyens des zones contiguës à l'hôtel Rimouski réclament la tenue d'un référendum, le projet ira de l'avant.

Cette perspective semble plutôt improbable si l'on se fie à la modeste participation citoyenne lors de la séance de consultation tenue en marge de la réunion publique du conseil municipal.

À peine une quinzaine de citoyens se sont déplacés à l'hôtel de ville en ce chaud lundi soir d'été. Trois d'entre eux seulement ont fait part de leurs réserves au micro devant les élus et des représentants de Loto-Québec, qui s'étaient déplacés pour l'occasion.

La Rimouskoise Sara Trottier a pris la parole pour dire qu'elle partageait les préoccupations de la santé publique sur les risques d'établir un salon de jeux. Le secteur se densifiera considérablement avec la construction de 500 logements abordables par le Groupe Angus sur des terrains limitrophes.

Au lendemain de l'adoption du premier projet de règlement, le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le docteur Sylvain Leduc, avait mentionné à Radio-Canada avoir appris officiellement dans les médias le lieu où serait implanté le salon de jeux. Pourtant, la veille, le maire de Rimouski, Guy Caron, affirmait que les autorités sanitaires avaient donné un avis positif sur le projet.

La Ville ne m'a jamais informé du schéma d'aménagement autour du salon de jeux. On n'a jamais discuté de ça, avait alors répondu Dr Leduc.

Pourquoi dans le contexte la Ville n'a-t-elle pas attendu d'obtenir des recommandations plus exhaustives de la part de la santé publique quant à l'ensemble du projet avant d'autoriser le changement de zonage?

Parce que la demande est faite maintenant et il faut prendre une décision maintenant, s'est contenté de répondre Guy Caron, en entrevue après la séance.

Le citoyen Pierre-Paul D'Anjou a tenu, pour sa part, à apporter son appui au projet. Selon lui, il s'agit d'un bon moyen d'attirer les gens de passage vers le centre-ville. Le salon de jeu, c'est un moteur qui va permettre d'amener plus de monde dans nos commerces et hôtels au centre-ville, croit-il.

Le projet de salon de jeux pourrait créer une centaine d'emplois et générer des retombées d'environ 1,5 million de dollars annuellement, selon Loto-Québec.

Loto-Québec a bien vendu le projet aux élus

Pendant la consultation, la conseillère de Pointe-au-Père, Julie Carré, a avoué qu'elle était d'abord sceptique avant que Loto-Québec ne déballe le projet aux élus, il y a déjà quelques mois. J'avais des réticences, mais j'ai beaucoup aimé la présentation de Loto-Québec.

Répondant à une critique sur le fait que les salons de jeux s'appuyaient sur la souffrance des joueurs pathologiques, la conseillère a ajouté que ce n'est pas seulement un projet qui mise sur la souffrance, c'est un projet qui mise sur le plaisir aussi, défend-elle.

Julie Carré dit avoir été convaincue que Loto-Québec pourra accompagner efficacement les personnes qui souffrent de jeu pathologique, ce qui n'est pas évident à faire actuellement dans les bars où les gens sont derrière une machine, seuls dans un coin noir.

D'ailleurs, le vice-président corporatif de la commercialisation responsable, responsabilité sociétale et affaires publiques, Benoit Lefrançois, ne s'est pas gêné pour mentionner à plusieurs reprises que le salon vise le jeu à moindre risque. C'est une pratique exemplaire qu'on veut mettre en place qui répond autant aux besoins de la clientèle qu'à la réduction des méfaits, soutient-il.

Des bars vont perdre leurs appareils de vidéo poker

Loto-Québec a aussi confirmé lundi que des bars du secteur devront se priver de l'entièreté de leurs appareils de vidéo poker. Il y a deux semaines, le propriétaire de bar La Boulathèque évoquait une fermeture si cela se produisait.

Cette perspective guette aussi Martin Larose, propriétaire du Spot Billard, qui en avait long à dire aux représentants de Loto-Québec lors de la consultation.

Avez-vous pensé à vos partenaires [NDLR Les bars qui détiennent des appareils] qui, depuis 25 ou 30 ans, vous ont soutenu et qui ont contribué grassement à la caisse de Loto-Québec?, a-t-il demandé, amer.

On va prendre le temps de bien faire les choses, promet le porte-parole de Loto-Québec, Renaud Dugas, sans préciser le nombre de bars qui se verront retirer leurs appareils.

Par ailleurs, le nombre de machines qui prendront place dans le futur salon de jeux demeure inconnu. Loto-Québec n'a pas confirmé non plus si ce sont leurs propres employés ou ceux de l'hôtel Rimouski qui assureront l'opération de l'établissement.

Le partenariat entre l'Hôtel Rimouski, propriété du Groupe Blouin, et Loto-Québec, constituera une première du genre. Les autres salons de jeux et casinos ne sont pas établis directement dans un hôtel ni dans des locaux appartenant à des entreprises privées.

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